Pression sociale autour de l’allaitement maternel

Actus  | 31 Octobre 2013
Babymoov

Suite à la semaine mondiale de l’allaitement maternel (SMAM), nous nous sommes intéressés aux pressions sociales auxquelles les femmes peuvent aujourd’hui être confrontées. Les jeunes mamans ont-elles réellement le choix entre allaitement maternel et allaitement au biberon ? Doit-on favoriser l’allaitement maternel dans tous les cas ? Et qu’en est-il des mères qui allaitent soit disant « trop longtemps » ?

Les recommandations des organismes de santé

L’OMS (Organisme Mondial de la Santé) et la Leche League recommandent un allaitement maternel exclusif durant les 6 premiers mois suivi d’un allaitement mixte pendant la diversification alimentaire jusqu’aux deux ans de l’enfant.

D’après la Leche League, 69,1 % des femmes allaitent à la maternité, mais seulement la moitié (54 %) continue à allaiter un mois plus tard, dont seulement 35 % de façon exclusive.

Cette recommandation est elle-même un vaste débat : alors qu’elle est compréhensible pour les pays pauvres, qu’en est-il pour les pays développés ? En effet, l’allaitement maternel est conseillé pour lutter contre la malnutrition, les diarrhées ou les problèmes respiratoires, liés notamment à l’eau non potable. Ces problématiques ne sont pas forcément les mêmes en France.

La pression sociale du « pro-allaitement »

Nombreuses sont les femmes qui reconnaissent avoir ressenties une pression pour qu’elles allaitent. On peut notamment retrouver le témoignage de Clémence interrogée par le site Infobébés. Cette pression peut venir à la fois des professionnels de santé (infirmière, pédiatre, sage-femme) mais également de la famille, des amis … Et cela commence bien avant la naissance de l’enfant : parmi toutes les questions aux femmes enceintes, la question de l’allaitement revient très régulièrement ! Et comme pour de nombreux sujets, tout le monde y va de son conseil… qui est souvent que l’allaitement maternel reste la meilleure solution. On obtient ainsi de nombreuses mères qui allaitent parfois non par choix mais par pression…  

Les campagnes prônant l’allaitement sont uniquement tournées vers  les avantages de celui-ci, et de nombreuses nouvelles mamans se retrouvent confrontées à des difficultés : douleurs, stress, lactation pas assez importante… Des difficultés cachées qui peuvent alors entrainer des mères en situation d’échec et de culpabilité. Ces campagnes deviendraient-elles alors contre-productives ? L’idéal serait en effet de proposer aux futures mamans toutes les informations, avantages et inconvénients, de l’allaitement au sein et au biberon pour qu’elles puissent peser le pour et le contre et faire un choix réfléchi.

Il est également important de déculpabiliser les mamans qui ne peuvent ou ne veulent pas allaiter. Malgré les recommandations et les études scientifiques qui prouvent que les apports nutritionnels sont optimaux avec un allaitement au sein, ce sont en priorité aux professionnels de santé de supprimer le stéréotype comme quoi une bonne mère est – uniquement - une mère qui allaite. En effet, la culpabilité ressentie par les non-allaitantes, voire par celles qui « oseraient » dire qu’elles ne veulent pas allaiter, peut être grande et parfois même la cause première des difficultés ressenties. Un allaitement contraint et non choisi sera logiquement éprouvant à la fois pour la mère et pour le bébé.

La pression sociale anti-allaitement 

Moins connu ou plus rarement mis en avant, certaines femmes peuvent être à l’inverse confrontées à une pression anti-allaitement.

Il est notamment possible qu’un conflit générationnel entre les jeunes parents et les nouveaux grands-parents ait lieu. En effet, la génération des années 70, s’étant battu pour le droit de femmes, peut avoir du mal à comprendre et entendre l’avis des femmes d’aujourd’hui qui souhaitent tout de même allaiter. A l’époque, l’allaitement maternel était plutôt décrié et perçu comme une servitude ou un manque de liberté pour les femmes.

La pression liée à la reprise du travail peut également être une des causes d’abandon de l’allaitement maternel. En effet, lorsque le congé maternité touche à sa fin, de nombreuses mamans sèvrent leurs bébés pour reprendre une activité salariée. Il peut paraître très compliquer de continuer tout en retravaillant. Pourtant, il est tout à fait possible de tirer son lait par exemple et de continuer à donner le sein lorsqu’on est à la maison.

L’allaitement en public et le regard de personnes extérieures peuvent bloquer ou gêner à la fois les mamans allaitantes et leur entourage. Il peut arriver que certains compagnons vivent mal le fait de voir leur femme donner le sein dans un lieu public, malgré les petites astuces ou vêtements qui peuvent pourtant limiter la vue.

La pression sociale face à l’allaitement considéré comme trop long

Il existe, outre la pression sociale du pro-allaitement, celle qui provient d’un allaitement dit « trop long ». Mais trop long, c’est à dire ? En effet, rappelons-nous que l’OMS recommande un allaitement exclusif durant les 6 premiers mois, puis un allaitement mixte jusqu’aux 2 ans de l’enfant.

Entre 6 mois et 1 an, de très nombreuses mères procèdent au sevrage, profitant souvent de l’étape de la diversification alimentaire pour faire cela en douceur. D’après une étude de la Leche League (lien), moins de 3% des bébés seraient allaités après leurs 2 ans.

Cependant, de nombreuses mères ayant choisi un allaitement long sont confrontées à des jugements : certains y voient là les manifestations d’un complexe d’Œdipe, un enfant pas autonome, une mère trop étouffante, ou une relation jugée trop fusionnelle …

Cette pression sociale est bien moins connue et reconnue que celle à laquelle doivent faire face les non-allaitantes. Et pourtant ! Alors que les mères qui ont choisi le biberon ne se verront poser des questions et culpabiliser “que“ durant les premiers mois, celles qui font le choix d’un allaitement long doivent faire face à des jugements sur le long terme… A tel point que certaines femmes disent se cacher pour vivre pleinement leur choix d’allaitement long.

Pour conclure…

Que l’on choisisse l’allaitement maternel ou au biberon, pour seulement quelques jours ou durant plusieurs années, l’important est de se sentir en phase avec ses choix. Mais n’oubliez pas d’être également tolérant envers les autres : chaque femme et chaque enfant est différent, il n’y a pas de bons ou mauvais choix. 

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2  commentaires sur Pression sociale autour de l’allaitement maternel

Mari, 14 Octobre 2014
Ah, l'allaitement!
"toutes les femmes peuvent allaiter", c'est "l'offre et la demande" ... j'étais contente en sortant de la prepa naissance: je vais allaiter jusqu'en janvier la diversification alimentaire que je me disais ...
Ben non. Quand on a des kystes aux ovaires on ne peut pas forcément allaiter comme on veut parce que les hormones ne sont pas suffisantes. Mon bébé a du être complémenter dès son 3eme jour de vie. En fait il était nourri que par lait artificiel parce que la stimulation par tire lait était très pauvre: 15min pour avoir 0.8ml de colostrum.... Hum, je n'ai pas laché l'affaire e j'ai pris des galactogènes (aliments qui favorisent la production de lait): ovomaltine, fenugrec, homéopathie. J'allais en consult allaitement et avais le numéro du réseau Pauline à portée de main. J'ai beaucoup pleuré et tout le monde me disait de laisser tomber (sauf les professionnels de consult allaitement que je remercie). Bref à force d'acharnement j'ai fini par avoir du lait et les compléments ont diminués. à 3 semaines mon bébé était allaité exclusivement MIRACLE! .... jusque 6 semaines. ça a été 3 semaines tops!!! Mais après elle a demandé plus de lait ... et malgré toutes les stimulations, rien à faire, j'ai pas réussi à suivre. En plus depuis 1 semaine ou 2 elle refuse le sein (forcément, pas assez rentable pour elle!) Aujourd'hui je me suis fais une raison, elle boit 5 biberons par jour de 140ml (elle a 2.5 mois). 3 bibs sont de lait articifiels et 2 sont de lait maternel. Je tire 8 fois par jour mon lait dont une fois la nuit (hé oui je mets mon réveil à 3h du mat pour tirer 50ml!) pour avoir ces 280mL. des fois je suis un peu juste mais ca passe. je sais que je suis au maximum de ma production ... et je me dis après tout si j'avais écouté les autres j'aurai jamais commencé ... finalement elle a quasi 3 mois et elle est en allaitement mixte! ben ça va quand même! je suis très contente de lui donner mes bib de lait maternel, et elle, elle les apprécie plus que le lait articifiel. (si si je vous assure!) elle a un reflux et mon lait est plus doux: elle gigotte moins, boit plus calmement) et comme il se digère + vite ... moins de reflux!!! Donc je croise les doigts pour que ça continue.... Je vis au jour le jour .... ce qui est pris est pris!
Alors les mamans qui galèrent mais pour qui c'est important d'allaiter ..... entêtez-vous et n'écoutez pas ceux qui disent d'abandonner. C'est dur, mais si c'est votre souhait, alors vous tiendrez le coup!!!

coccinelle, 13 Novembre 2013
Bonjour
Allaiter ou pas, c'est bien compliqué. on est soumis au jugement et au vécu des unes et des autres et on est sans cesse jugée par les femmes, sous prétexte qu'on n'a pas de vécu de maman.
Pour ma part, j'ai toujours voulu allaiter mais je n'ai jamais réussi pour cause de tétons ombiliqués. ça, on n'en parle pas aux cours de préparation à l'accouchement. alors quand on découvre cela juste après l'accouchement...
les professionnels n'accompagnent pas toujours très bien. pour ma part, j'ai subi des conseils contraires (de quoi déstabiliser), des attitudes même violentes à l'égard de mon petit dont on écrasait le visage contre mon sein. je n'ai pas supporté ses pleurs et ça peut donner envie de laisser tomber, ce qui est l'effet inverse recherché par la maman.
j'ai pas lâché. on m'a alors donné un tire lait. on se moquait de moi à l'hôpital parce que je ne sortais rien comme lait, normal il faut attendre la montée de lait, mais quand même !!! et la famille qui dit que le lait est mauvais, pas nourrissant, etc. quelles bêtises qu'on entend... là aussi, il faut faire fi et ça peut créer des désordres aussi dans le couple du coup... et oui, ça peut aller aussi jusque là parce que les anciennes savent et moi, jeune maman non (soit disant).
Aujourd'hui, j'en congèle plein, de ce "mauvais lait" en attendant de reprendre le travail et je suis fière de le rappeler à cette famille qui me disait d'abandonner l'allaitement.
il n'empêche que pour moi, c'est une lutte permanente : lutte contre la famille qui me regarde comme une pauvre folle à vouloir allaiter (allaitement sous forme de tire lait), lutte contre moi même avec les problèmes récurrents d'engorgement dont personne ne parle non plus, de mastite, d'ampoules, de crevasses... mais quelle fierté de réussir. je suis à 2 mois, et j'allaite toujours à 100 % (100% tire lait). mais quelle fierté et cette réussite, je le dois aussi à mon conjoint qui a appris à me suivre et à me faire confiance, lui qui est derrière moi quotidiennement et me soutient en me disant toujours "carpe diem". et c'est vrai, chaque jour est une victoire.
et la récompense : mon bébé mange sein, il est beau, il grandit bien. c'est merveilleux. et les autres, au fur et à mesure, ça n'a plus d'importance.
par contre, le prochain combat qui m'attend : celui de la reprise du travail. là, avec les déplacements pro, ce sera encore d'autres batailles à mener, mais "carpe diem" toujours.

s'il y a une chose que je dois retenir de cette aventure qui continue toujours, c'est qu'on sait faire même sans ne l'avoir jamais fait auparavant, qu'il faut faire ce qui nous correspond pour être en paix avec nous-même car les conseillers ne sont pas les payeurs et ainsi mieux supporter la pression sociale et familiale, et que les sourires du bébé et le soutien du papa sont notre meilleure force et notre plus belle récompense.


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